|
|
Si Beaujeu nous était contée,
elle nous parlerait de grandeur, puis d'humilité devant la mutation
des choses au gré du temps. L'Histoire, avec "une grande hache",
nous ramène aux grandes figures du Beaujolais comme la vague
ramène le bois des vieux galions orgueilleux : Anne de France
et de Beaujeu, fille de Louis XI, Mademoiselle de Montpensier, la Grande
Mademoiselle...
Le domaine initial des Beaujeu grandit si bien qu'au XIIIème
siècle, il était la troisième baronnie de France.
En 1400, le dernier des Beaujeu, Edouard II, céda ses terres
aux Bourbon qui devinrent seigneurs de Beaujeu et des Dombes. L'un d'eux,
Pierre de Bourbon, épousa Anne de France, cette "Anne de Beaujeu"
qui dirigea d'une main ferme les affaires du royaume avec son mari,
proche conseiller de Louis XI. Pourquoi tant de convoitises royales
pour ce petit coin de terre ? Affaire de stratégie : militaire
d'abord, politique ensuite. Au XIIème siècle, le château
baptisé Beaujeu et toute la baronnie régnaient du Forez
à la Bresse et rivalisaient avec Lyon, mais aussi le pouvoir
ecclésial. |
|
Toute la ville actuelle garde l'empreinte de ce
passé dominant. Au début du XIIème siècle,
la construction de l'église
Saint-Nicolas crée un vrai point d'attraction pour les
artisans attirés par le site-carrefour qu'est Beaujeu. Bientôt
dépositaire des mêmes privilèges que Villefranche,
la ville prend rapidement l'allure d'un centre commercial respectable,
où vins, tannerie, tonnellerie se côtoient.
En flânant dans le bourg, vous avez peu de chance de rater le
Musée Marius Audin, où
sont tapies de belles images de la vie beaujolaise d'autrefois. Et plein
d'objets et mobiliers anciens, aussi jalousement gardés que le
sont les recettes des huileries de Beaujeu, les ors et les pourpres
du Temple de Bacchus ou la statue
de Gnafron qui fait couler, lui aussi, le Beaujolais dans la cité
des Gones. |
Laissez-vous porter par Beaujeu, ne la brusquez pas, cette fille au sang
bleu aime être approchée par le versant doux de sa colline.
Si vous vous laissez courtiser, Beaujeu vous ouvrira quelques-uns de ses
secrets : les codes étranges de la Vente des Vins des Hospices ; la paillarde et rubiconde
Fête des Sarmentelles, au soir où tout le Beaujolais débloque
en "avant-primeur" ; les colombages divins de la maison abritant les
"Sources du Beaujolais", pôle oenologique et touristique ;
le Caveau des Beaujolais Villages, caverne sacrée du Gamay sous
la protection éternelle de Saint-Vincent, patron des vignerons,
et d'Anne, bien sûr...
Vous ne serez quitte avec Beaujeu qu'après être passé
sous les voûtes multiséculaires de Saint - Nicolas, une des
plus belles églises romanes du Beaujolais. Et puis surtout, ne partez
pas sans tremper vos lèvres de passage dans un de ces beaujolais
- villages à la robe cerise, aux arômes éclatants de
fruits rouges !
Vous pourriez le regretter !
Adresses
utiles
|