Avant d’acheter des vignes en Beaujolais, Jonathan Pey était vigneron en Californie. Ce sont les incendies et les sécheresses de plus en plus fréquentes qui l’ont poussé à gagner un autre territoire viticole. Après plusieurs années de recherches en France, il jette son dévolu sur le Beaujolais. Le vigneron raconte son cheminement et les raisons de ce choix, dont il est globalement satisfait !
Des vignes en Beaujolais après la Napa Valley

Jonathan Pey
Jonathan Pey est américain. Dans le milieu du vin depuis toujours, il a vécu en France étant jeune et travaillé pour plusieurs maisons de vin. Pendant plus de 20 ans, il a produit du vin en Californie. Aujourd’hui, le Domaine Jonathan Pey compte 3 hectares de vignes en Beaujolais et commercialise ses vins en France, aux Etats-Unis et en Corée du Sud.
Qu’est-ce qui vous a poussé à quitter la Napa Valley ?
« J’ai eu un déclic quand, au moment de vendanger, les raisins avaient un goût de cendrier à cause des incendies alentours… En 2020, il y a eu 35 jours de fumée en septembre dans le vignoble ! Il y avait déjà des incendies en Californie quand je me suis installé dans les années 80, mais ces dix dernières années, ils sont devenus plus grands et se rapprochent de la Napa Valley. Je me suis dis qu’il fallait que j’achète ailleurs.”
« J’ai fait beaucoup de recherches pour trouver où m’installer. Tout me ramenait sans cesse au Beaujolais. »
Comment avez-vous choisi d’acheter des vignes en Beaujolais ?
“En 2019, j’ai commencé mes recherches en France en ayant en tête plusieurs critères importants pour moi. D’une part, je voulais produire des vins de terroir à partir de vieilles vignes. D’autre part, les parcelles que je recherchaient devaient être à une certaine altitude, en prévision du réchauffement climatique. J’ai aussi été attentif à la pluviométrie, car en Californie par exemple il ne pleut qu’entre novembre et mars… J’ai fait beaucoup de recherches et tout me ramenait sans cesse au Beaujolais. C’est une région unique dont le cépage rouge me plaisait”
Quelles ont été les étapes de votre installation dans le Beaujolais ?
« Fin 2021, j’ai acheté une parcelle à Morgon sur le lieu-dit de Bellevue à 400 mètres d’altitude. J’ai commencé en 2022 en embauchant une petite équipe de prestataires. Cela me convenait d’une part parce que je n’ai pas assez de surface pour embaucher quelqu’un à temps complet et d’autre part parce que je ne suis pas toujours sur place. En 2023, j’ai acheté une deuxième parcelle à Fleurie pour laquelle j’ai eu un vrai coup de coeur ! Elle est située sur le lieu-dit Fonfotin à 500 mètres d’altitude (plus haut que la Madone !) avec une pente à 45% et de vieilles vignes. Pour le moment je n’ai pas un chai à moi mais je loue une partie du cuvage d’un ami. «
Travaillez-vous comme en Californie ?
« En m’installant ici, j’avais vraiment envie de faire des vins de terroir. Je n’essaye pas de produire un vin de Californie dans le Beaujolais, mais bien un vin d’ici. Je travaille mes vignes en Agriculture Biologique et j’utilise des chevaux autant que possible. J’essaye de tout faire à la main et de révéler au maximum le terroir. »
Êtes-vous satisfait de votre choix d’acheter des vignes en Beaujolais ?
« Avoir des vignes en France était un rêve pour moi ! Je suis très fier des vins que je produis et satisfait de leur qualité, du vignoble lui-même et des personnes avec lesquelles je travaille. Cette installation est très stimulante pour moi sur le plan intellectuel. Je suis constamment en train de comparer le métier aux Etats-Unis et en France : les différences et les points communs des marchés, le business, le marketing… »
Cet article s’inscrit dans une série d’interviews de vigneronnes et vignerons nouvellement installés en Beaujolais. Découvrez les témoignages de la reconversion de Bruno-Marie Mauviel et de l’installation d’Agathe Margotton, native des Pierres Dorées.